Libreville — Pendant quatre jours, experts, responsables administratifs et acteurs de la société civile se sont réunis dans la capitale gabonaise autour du « Projet 108 », une initiative régionale visant à renforcer la sécurité sanitaire des aliments dans les pays de la façade atlantique africaine. Soutenu par l’Union européenne et mis en œuvre notamment par Expertise France, ce programme ambitionne de mieux contrôler les produits alimentaires, améliorer les capacités d’analyse et clarifier les responsabilités des institutions chargées de la sécurité alimentaire. Pour le Gabon, fortement dépendant des importations alimentaires, l’enjeu est à la fois sanitaire, économique et réglementaire.
Le projet, porté à l’origine par les autorités gabonaises, s’inscrit dans un programme régional couvrant une dizaine de pays de la façade atlantique africaine. Son objectif : renforcer les capacités des États à prévenir les risques sanitaires liés à l’alimentation et à mieux coordonner les multiples administrations impliquées dans ce domaine.
Pour Jean-Maurice Ayine, point focal national de l’équipe NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) du Gabon, la question est d’autant plus cruciale que le pays dépend largement de l’extérieur pour son alimentation. « Le Gabon importe massivement tout ce qu’il mange et consomme. Il est donc essentiel d’assurer la sécurité sanitaire de ces aliments, car ils peuvent exposer les populations à des risques chimiques, biologiques ou d’intoxication », explique-t-il.
Au-delà des enjeux sanitaires, la question touche également à l’organisation administrative et à la compétitivité économique. Selon lui, la multiplicité des services impliqués dans les contrôles alimentaires entraîne parfois des chevauchements de compétences.« Il existe aujourd’hui une multitude de services qui interviennent sur cette thématique, parfois avec des chevauchements de compétences. Cela peut créer du cafouillage sur le terrain et même contribuer à renchérir les coûts », souligne-t-il.
L’un des objectifs majeurs du projet consiste justement à mieux structurer la gouvernance de la sécurité alimentaire. Des discussions sont en cours autour d’une loi-cadre et d’un projet de décret visant à créer un laboratoire de référence et à harmoniser les procédures de contrôle. « L’idée est que les certificats sanitaires ne soient plus délivrés sans analyses de laboratoire. Il faut renforcer les capacités opérationnelles des services et s’arrimer aux standards internationaux », insiste Jean-Maurice Ayine.
Ces évolutions s’inscrivent aussi dans la perspective d’une diversification économique. Pour exporter ses produits agricoles ou halieutiques, le Gabon devra se conformer aux normes sanitaires internationales. « Si nos produits ne respectent pas ces standards, nous aurons beaucoup de mal à les vendre à l’extérieur », prévient-il.
Du côté des partenaires techniques, le Projet 108 s’inscrit dans une initiative plus large des centres d’excellence européens consacrés aux risques NRBC. Selon Thibault Faroux, chargé de projet à Expertise France, l’approche retenue repose d’abord sur un diagnostic approfondi réalisé avec les institutions nationales. « Nous travaillons sur la sécurité sanitaire des aliments, mais aussi sur la sûreté alimentaire, ce que l’on appelle la food defense, et sur la fraude alimentaire », explique-t-il.
Le programme vise à renforcer à la fois les dispositifs juridiques, les capacités techniques et les mécanismes de coordination entre institutions. « Nous réalisons un diagnostic avec les parties prenantes gabonaises pour améliorer l’architecture institutionnelle, mais aussi les standards d’analyse et les capacités des laboratoires », précise-t-il.
Au-delà du renforcement structurel, une seconde phase du projet portera sur la gestion des crises alimentaires, qu’elles soient accidentelles ou intentionnelles. L’objectif est de permettre aux autorités d’agir rapidement en cas de contamination d’un produit. « En cas de crise, il faut pouvoir retirer très vite un produit contaminé du marché avant qu’il n’ait un impact sur la population », souligne Thibault Faroux.
Pour y parvenir, des exercices de simulation et des plans de gestion de crise seront élaborés avec les administrations concernées. L’un des défis majeurs identifiés lors de l’atelier concerne la multiplicité des acteurs impliqués dans la sécurité alimentaire. « Le risque, lorsqu’il y a trop d’acteurs, c’est que tout le monde soit responsable… et qu’au moment d’une crise, plus personne ne sache vraiment qui doit agir », observe le responsable d’Expertise France.
Les travaux menés pendant les quatre jours d’atelier ont ainsi réuni administrations, experts, organisations de la société civile et associations de consommateurs afin de dégager des priorités communes. « Cette co-construction permet de faire émerger des besoins en matière de gouvernance, de concentration des moyens et de clarification institutionnelle », ajoute-t-il.
Pour les partenaires du projet, la sécurité sanitaire des aliments reste un domaine en évolution permanente. Entre la production, la transformation, le transport et la distribution, la chaîne alimentaire mobilise une multitude d’acteurs. « De la ferme à la fourchette, ou même de la canne à pêche à la fourchette, il y a énormément d’intervenants. C’est un travail qui ne s’arrête jamais », conclut Thibault Faroux.
Dans un contexte où les enjeux sanitaires se mêlent aux impératifs économiques et commerciaux, le Projet 108 apparaît ainsi comme une étape vers une gouvernance plus cohérente de la sécurité alimentaire au Gabon et, plus largement, dans les pays de la façade atlantique africaine.








