En lançant officiellement le programme immobilier de Bikélé-Nzong, qui prévoit la construction de 3 100 logements dans les périphéries de Libreville, le président Brice Clotaire Oligui Nguema entend répondre à l’une des préoccupations majeures des Gabonais : l’accès à un habitat décent. Au-delà du chantier immobilier, le projet marque une réorientation profonde de l’action sociale de l’État, fondée sur l’accès à la propriété et la constitution d’un patrimoine durable pour les ménages.
À Bikélé et Essassa, les engins ont commencé à dessiner les contours de ce qui pourrait devenir l’un des plus importants programmes de logements sociaux de ces dernières années au Gabon. Lancé officiellement par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, le projet prévoit la construction de 3 100 logements répartis entre deux sites stratégiques : 1 600 unités sur 80 hectares à Bikélé et 1 500 sur 100 hectares à Essassa.
Mais derrière les chiffres et les fondations à venir, le gouvernement affiche une ambition plus large : redéfinir la politique sociale du pays en faisant du logement un levier central de stabilité économique et de promotion sociale.
« Le logement n’est pas un confort. Le logement est une condition de stabilité, de sécurité et de justice sociale », a rappelé le ministre de l’Habitat, Mays Mouissi, lors de la cérémonie de lancement. Pour les autorités, l’accès à un habitat décent constitue désormais un droit fondamental et un préalable à l’épanouissement des familles.
Cette vision s’inscrit dans une stratégie globale de transformation du secteur de l’habitat. Depuis plusieurs mois, le gouvernement multiplie les réformes destinées à fluidifier l’accès à la propriété. Une nouvelle ordonnance sur le régime foncier a été adoptée, tandis qu’un guichet unique a permis la délivrance de plus de 16 800 décisions de cession. En parallèle, près de 11 000 parcelles ont été mises à disposition dans le cadre de l’aménagement des réserves foncières.
L’enjeu est considérable. Pendant des années, l’insuffisance de l’offre immobilière et la flambée des loyers ont contribué à fragiliser une partie importante des ménages gabonais. Pour beaucoup de familles, devenir propriétaire demeurait un objectif inaccessible.
Le programme de Bikélé-Nzong entend précisément inverser cette tendance. Son financement repose sur un partenariat entre l’État et plusieurs institutions bancaires. BGFIBank a mobilisé 100 milliards de FCFA, tandis que Coris Bank apporte 28 milliards de FCFA. Orabank et Ecobank accompagneront les bénéficiaires dans le financement des cautions d’accès.
La dimension sociale du projet apparaît encore plus clairement dans la réforme engagée autour de la prime de logement des fonctionnaires. Aujourd’hui, l’État consacre près de 120 milliards de FCFA par an au versement de ces allocations. Une dépense qui, selon les autorités, profite principalement au marché locatif sans permettre aux bénéficiaires de constituer un patrimoine.
L’objectif est désormais de transformer progressivement cette charge budgétaire en outil d’accession à la propriété. En orientant les primes vers le remboursement de logements acquis, l’État souhaite faire émerger une nouvelle génération de propriétaires plutôt que de locataires permanents.
Cette approche marque une évolution notable de la politique sociale gabonaise. Là où les mécanismes d’aide reposaient essentiellement sur des transferts financiers ou des subventions indirectes, le gouvernement privilégie désormais la création d’actifs durables pour les ménages.
L’ambition dépasse d’ailleurs le seul Grand Libreville. Le groupe marocain Addoha prévoit la réalisation de 5 000 logements supplémentaires sur les sept prochaines années, tandis que des programmes ont déjà été engagés à Lambaréné, Makokou et Franceville.
Pour le pouvoir, le défi sera désormais de garantir l’accessibilité réelle de ces logements aux classes moyennes et aux ménages modestes. Car si la construction des cités constitue une première étape, leur appropriation par les populations déterminera le véritable succès de cette politique. À travers Bikélé-Nzong, Brice Clotaire Oligui Nguema joue une partie importante de son projet social : faire du logement non plus une dépense de survie, mais un instrument d’ascension sociale et de sécurisation de l’avenir des familles gabonaises.







