Lors d’un point de presse, Théophane Junior Nzame‑Nze Biyoghe, porte‑parole de la Présidence, a mis en exergue l’ampleur de la démarche : « Au total, 5 224 décisions de cession ont été officiellement transmises à la Conservation foncière, ouvrant la voie à la délivrance effective de titres fonciers au profit des populations.» Il a souligné le caractère historique de cette dynamique : « Cet acte administratif représente une avancée historique : en un seul mois, l’État a généré l’équivalent de près de 18 années de production foncière, dans un pays qui n’a délivré qu’environ 33 000 titres en 121 ans. »
Cette performance inédite résulte d’un travail coordonné entre le ministère du Logement, de l’Urbanisme et du Cadastre, l’Agence Nationale de l’Urbanisme, des Travaux Topographiques et du Cadastre (ANUTTC), et la Société Nationale Immobilière (SNI). Ensemble, ces institutions ont permis à plus de 4 000 dossiers venus des neuf provinces du pays d’être traités en moins d’un mois, tandis que la SNI a transmis 1 224 dossiers issus de 5 100 familles installées de longue date sur son patrimoine foncier.
L’ambition affichée par l’exécutif s’accompagne d’un encadrement des coûts et d’une simplification des procédures d’accès au titre foncier. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a récemment ordonné le plafonnement des frais de délivrance des titres fonciers, une mesure conçue pour garantir l’équité et éviter que les coûts ne constituent un frein pour les citoyens.
Ce tournant s’inscrit dans une conjoncture où la question foncière occupe une place centrale dans le débat public gabonais. En 2025, le projet « Un Gabonais, un titre foncier » avait déjà permis la signature d’environ 1 200 décisions de cession, mais avait été marqué par un important retard de paiement accumulé par près de 3 000 personnes et des impayés représentant environ 14 milliards de francs CFA, illustrant les défis économiques et administratifs liés à la réforme foncière.
Pour les spécialistes, la mise en œuvre de ce plan repose désormais sur la capacité des services publics à moderniser le cadastre national, à fluidifier les circuits administratifs et à garantir la transparence du traitement des dossiers. Le défi est d’autant plus important que le Gabon, malgré des réformes progressives depuis plusieurs années, reste confronté à des contraintes bureaucratiques et techniques dans la gestion du foncier, un enjeu clé non seulement pour l’accès à la propriété mais aussi pour l’investissement, le développement urbain et l’inclusion sociale.
Alors que le cap des 50 000 titres fonciers est désormais fixé, l’efficacité de cette « révolution foncière » sera scrutée tant par les acteurs économiques que par les citoyens qui attendent de cette politique une véritable sécurisation de leurs droits fonciers et une réponse durable à des décennies de carences administratives.







