Débuté le 24 mai dernier, le procès des BLA-Boys, anciens commis de l’État déchus après l’Opération Scorpion fin 2019, a captivé l’attention de l’opinion publique pendant un peu plus de deux semaines. Si les verdicts rendus à l’encontre de Brice Laccruche Alihanga, Tony Ondo Mba et Patrichi Tanasa suscitent des interrogations, une question reste en suspens : pourquoi certains responsables sont-ils emprisonnés tandis que d’autres, impliqués dans les mêmes affaires, restent en liberté ?
Le procès a notamment mis en lumière les détournements présumés de fonds provenant d’un redressement fiscal infligé à la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) en 2018. La filiale du groupe Eramet avait payé 155 milliards de FCFA pour ce redressement, dont une partie aurait été détournée sous forme de primes.
Lors de son audience, Tony Ondo Mba, ancien ministre de l’Énergie et des Ressources Hydrauliques, a été interrogé sur ces primes. Brice Laccruche Alihanga, ancien directeur de cabinet du président déchu Ali Bongo, aurait perçu 5 milliards de FCFA, tandis que d’autres personnalités, comme Yann Koubdje et Noureddine Bongo Valentin, auraient également reçu des sommes importantes.
Des Primes Illégitimes pour Certains, Légitimes pour d’Autres ?
À la barre, Brice Laccruche Alihanga a défendu son innocence, affirmant que ces primes avaient été octroyées par Ali Bongo pour récompenser ses collaborateurs après le redressement fiscal. « Le bonus qui avait été octroyé pour récompenser chaque personne impliquée dans les négociations dudit redressement fiscal provenait du compte d’Ali Bongo », a-t-il déclaré.
Cette révélation met en lumière une incohérence flagrante : pourquoi Tony Ondo Mba et Brice Laccruche Alihanga sont-ils en prison pour ces primes, alors que d’autres, comme Yann Koubdje et Noureddine Bongo Valentin, n’ont jamais été entendu sur la question ? Ces primes étaient-elles illicites pour certains et licites pour d’autres ? Comment expliquer ce double standard ?
Ces questions mettent en évidence une justice gabonaise perçue comme partiale, surtout lorsque des personnalités comme Yann Koubdje refuse de comparaître sans conséquence. Son absence à la barre aurait pu éclaircir certaines zones d’ombre, mais elle est étrangement cautionnée par la Cour, renforçant les suspicions d’une justice instrumentalisée.
Le procès des BLA-Boys, loin de clarifier la situation, semble au contraire révéler les failles d’un système judiciaire à deux vitesses, où la transition et les réformes institutionnelles peinent à masquer les inégalités de traitement entre les accusés.







