À Gamba, enclave stratégique de la province de l’Ogooué-Maritime, le chef de l’État gabonais a choisi un symbole fort. Un an jour pour jour après son accession à la magistrature suprême, le 12 avril 2025, sanctionnée par un plébiscite de plus de 94 % des suffrages, Brice Oligui Nguema a marqué l’événement en mettant en production le champ pétrolier de Ngongui. Plus qu’une simple inauguration, ce déplacement s’inscrit dans une logique de démonstration : celle d’un pouvoir qui entend traduire ses ambitions politiques en résultats économiques tangibles. Avec une capacité annoncée de 10 000 barils par jour, soit près de 3,84 millions de barils par an, ce nouveau site vient renforcer de manière significative le poids énergétique du Gabon.
Ce jalon industriel prolonge une séquence entamée dès 2024, lorsque l’État gabonais avait procédé, le 21 juin, au rachat de la société Assala, ainsi que d’actifs stratégiques détenus notamment par SMP et Tullow Oil. Une opération structurante qui traduisait une volonté politique claire. Brice Oligui Nguema défendait alors une vision articulée autour de la souveraineté économique, affirmant qu’« il s’agit de reprendre le contrôle de notre économie et de faire en sorte que les richesses du sous-sol profitent d’abord aux Gabonais », tout en insistant sur la nécessité de transformer localement les matières premières, d’augmenter les revenus de l’État et de renforcer l’impact du secteur pétrolier sur le développement.
Longtemps accueillie avec prudence, voire scepticisme, cette stratégie semble aujourd’hui produire ses premiers effets. Là où certains redoutaient une gestion étatique fragile ou une érosion des capacités de production, les autorités mettent en avant une dynamique inverse. Les volumes ont été non seulement maintenus, mais consolidés, dans un environnement présenté comme mieux sécurisé et encadré. Un responsable du secteur impliqué dans le projet souligne d’ailleurs que « les équipes nationales ont démontré leur capacité à gérer, développer et optimiser ces actifs », mettant en avant la montée en compétence progressive des ingénieurs et techniciens gabonais.
Avec l’entrée en production de Ngongui, un cap supplémentaire est franchi. La production des actifs issus d’Assala dépasse désormais les 60 000 barils par jour, un seuil qui conforte la place du pétrole dans l’économie nationale et valide, en partie, les choix opérés depuis la prise de pouvoir en 2023, puis leur consolidation après l’élection de 2025. En creux, le message est politique : la stabilité institutionnelle et la légitimité électorale doivent désormais se traduire par des performances économiques mesurables.
Mais au-delà des chiffres, le chef de l’État inscrit cette dynamique dans une vision plus large. Saluant les ingénieurs, techniciens et ouvriers mobilisés sur le site, il a rappelé que « cette reconquête est avant tout celle des Gabonais eux-mêmes », cherchant à ancrer le récit dans une logique de souveraineté et de dignité retrouvée. L’exploitation pétrolière est ainsi présentée non plus comme une simple rente, mais comme un levier de transformation structurelle, capable de soutenir l’émergence d’un tissu industriel national.
Reste une interrogation de fond, que même les performances actuelles ne dissipent pas totalement. La montée en puissance de Ngongui, aussi significative soit-elle, s’inscrit dans un secteur par nature volatil, exposé aux fluctuations des marchés mondiaux. Si le site incarne aujourd’hui un succès politique et industriel, il rappelle aussi l’urgence d’un chantier plus vaste : celui de la diversification économique. Car pour le Gabon, l’enjeu n’est plus seulement de produire davantage de pétrole, mais de préparer l’après-pétrole.







