Alors que la Fédération Intersyndicale des Régies Financières et Administrations Assimilées (Fed-IRFAA) accorde jusqu’au 16 octobre 2026 au ministre du Pétrole et du Gaz pour signer un arrêté instituant un comité de suivi des recommandations issues des négociations avec le gouvernement, le SYNAHYDRO exprime ses réserves. Le syndicat majoritaire du secteur pétrolier affirme ne pas avoir été consulté et demande la suspension du processus, estimant que le texte pourrait avoir des conséquences sur la prime de performance budgétaire (PPB) des agents de son département ministériel.
Le dossier des revendications sociales dans les régies financières gabonaises prend une nouvelle dimension. Au lendemain de l’assemblée générale organisée le jeudi 8 octobre par la Fed-IRFAA sur l’esplanade du ministère du Budget, le Syndicat national des hydrocarbures (SYNAHYDRO) affiche ses distances avec le projet d’arrêté portant création d’un Comité de cadrage chargé de la mise en œuvre et du suivi des recommandations issues des négociations entre l’Administration et les partenaires sociaux.
Au cœur de la contestation : la méthode retenue pour mettre en place ce mécanisme de suivi, mais aussi ses conséquences potentielles sur la rémunération des agents du ministère du Pétrole et du Gaz. Dans sa réaction, le SYNAHYDRO affirme ne pas avoir été associé à l’élaboration du projet, alors même que celui-ci est susceptible d’affecter la prime de performance budgétaire (PPB), un sujet sensible pour les personnels du secteur.
Un comité de suivi qui suscite des interrogations
Le projet d’arrêté s’inscrit dans le prolongement des négociations engagées entre l’Administration et les partenaires sociaux des régies financières. Selon le compte rendu publié par Actualité241, le ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la vie chère, a signé le 6 octobre 2026 un arrêté portant création du comité de cadrage. Le document aurait ensuite été transmis à son homologue du Pétrole et du Gaz pour cosignature.
Réunis en assemblée générale le 8 octobre, les agents mobilisés sous la bannière de la Fed-IRFAA ont présenté cette signature comme une avancée dans la concrétisation des engagements gouvernementaux. Ils ont toutefois conditionné la suite du processus à la signature du ministre du Pétrole et du Gaz, à qui ils ont accordé un délai jusqu’au vendredi 16 octobre pour finaliser le texte, sous peine d’une possible grève générale.
Mais cette lecture ne fait pas l’unanimité au sein du secteur pétrolier. Le SYNAHYDRO ne conteste pas seulement le calendrier de mise en œuvre du comité : il réclame des éclaircissements sur le contenu des recommandations concernées et sur leurs effets pour les agents du ministère.
« Le SYNAHYDRO, syndicat majoritaire post-élections professionnelles, n’a pas été sollicité dans le cadre de ce projet d’arrêté », souligne sa déclaration.
Pour l’organisation syndicale, cette absence de consultation justifie de surseoir à l’adoption du texte afin de permettre aux représentants des personnels concernés de faire valoir leurs observations et de formuler des propositions.
La PPB, principal point de crispation
Derrière cette réserve procédurale se trouve un enjeu financier majeur : la prime de performance budgétaire. Le SYNAHYDRO estime que le projet d’arrêté pourrait avoir une incidence sur les modalités de gestion de cette prime et, par conséquent, sur les revenus des agents du ministère du Pétrole et du Gaz.
Le syndicat défend une revalorisation de la PPB, qu’il juge insuffisante au regard de la place stratégique du secteur pétrolier dans l’économie gabonaise. Il considère que les personnels de ce département ministériel ne devraient pas être concernés par un dispositif susceptible d’influer sur leur prime sans avoir été préalablement consultés.
Dans sa prise de position, l’organisation dénonce une PPB « au rabais » et réclame que les discussions en cours débouchent sur une revalorisation à la hauteur de la contribution du secteur pétrolier au produit intérieur brut (PIB) du Gabon.
Cette revendication pose une question de fond : comment articuler le mécanisme de suivi des engagements pris avec les partenaires sociaux et les attentes spécifiques des agents du ministère du Pétrole ? Pour le SYNAHYDRO, la réponse ne peut passer par une procédure à laquelle il n’aurait pas été associé.
Le syndicat demande ainsi que ses propositions soient examinées avant toute finalisation du texte. Il entend défendre ses revendications dans le cadre du dialogue social en cours, notamment sur la revalorisation de la prime de performance budgétaire.
Le SYNAHYDRO se désolidarise et demande une audience
La position du syndicat est sans ambiguïté. Dans sa déclaration, il affirme se « désolidariser » de cette démarche, estimant qu’il n’a pas été démontré que le projet d’arrêté serait favorable aux agents du ministère du Pétrole et du Gaz.
Cette prise de distance introduit une nuance importante dans le mouvement social en cours. Alors que la Fed-IRFAA présente la création du comité de cadrage comme un instrument destiné à garantir le suivi des engagements gouvernementaux, le SYNAHYDRO demande d’abord à connaître précisément la portée du dispositif et ses implications pour les personnels qu’il représente.
L’organisation annonce, à cet effet, son intention de solliciter une audience auprès du ministre du Pétrole et du Gaz. L’objectif est d’obtenir des explications sur le dossier et de connaître la position officielle du membre du gouvernement, dans un contexte où les discussions sur la revalorisation de la PPB demeurent ouvertes.
À ce stade, les éléments communiqués par le syndicat ne détaillent toutefois ni l’ensemble des recommandations issues des négociations ni les dispositions précises du projet d’arrêté susceptibles d’affecter la prime. Ces points devront être clarifiés pour apprécier pleinement la portée de ses inquiétudes.
Un dialogue social sous pression
L’échéance du 16 octobre place désormais le ministère du Pétrole et du Gaz face à une double attente. D’un côté, la Fed-IRFAA réclame la cosignature du texte pour permettre l’installation du comité de cadrage et prévenir une grève générale. De l’autre, le SYNAHYDRO demande que le projet soit suspendu le temps d’une concertation spécifique sur ses conséquences pour les agents du secteur pétrolier.
La difficulté pour les autorités sera donc de concilier la mise en œuvre des engagements pris avec les partenaires sociaux et la prise en compte des revendications propres aux différents corps professionnels concernés.
Au-delà de la signature attendue, le dossier révèle les limites d’un dialogue social dont les mécanismes de suivi ne suffisent pas, à eux seuls, à dissiper les inquiétudes sur la répartition des avantages financiers. Pour le SYNAHYDRO, l’enjeu est désormais d’obtenir des garanties sur la PPB et de faire inscrire sa revalorisation parmi les priorités des discussions.
À une semaine de l’échéance fixée par la Fed-IRFAA, la clarification du contenu de l’arrêté et la concertation avec les représentants des agents du pétrole pourraient ainsi peser sur la suite du mouvement. Reste à savoir si les autorités parviendront à rapprocher ces positions avant que le bras de fer social ne débouche sur une paralysie des régies financières.






