Le mot n’est pas encore officiellement proclamé, mais il s’impose déjà dans les esprits et dans les calculs : majorité présidentielle. Au Gabon, où le paysage politique se recompose à marche accélérée, le camp du président Brice Clotaire Oligui Nguema avance ses pions. Tandis que l’opposition s’efforce de bâtir une unité encore fragile, les forces acquises au chef de l’État semblent, elles, avoir trouvé un tempo commun. Le 2 avril, autour de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), plusieurs partis majeurs ont esquissé les contours d’une coalition appelée à structurer durablement le pouvoir.
Dans une salle où se mêlaient prudence et ambition, les représentants du Parti démocratique gabonais (PDG), de l’Union nationale (UN), de l’Union pour la République (UPR) et des Socio-démocrates gabonais (SDG) ont répondu présents. Une convergence qui n’a rien d’anodin dans un pays encore marqué par les recompositions issues de la transition. Tous partagent, à des degrés divers, un soutien au président de la transition, désormais engagé dans la consolidation de son assise politique.
À l’initiative de cette rencontre, l’UDB assume un rôle moteur. Son secrétaire général, Mays Mouissi, a donné le ton en inscrivant cette démarche dans une logique de continuité politique. Selon lui, « la volonté du président fondateur est de déployer de manière cohérente le programme pour lequel il a été soutenu par les Gabonais », une manière de rappeler que le temps de la transition appelle désormais celui de l’organisation. Dans son propos, il insiste sur une dynamique d’ouverture, précisant que « cette coalition a vocation à rassembler tous ceux qui partagent une même vision pour le Gabon », comme pour désamorcer toute lecture hégémonique du projet.
Derrière les mots, une réalité politique se dessine. Celle d’un pouvoir qui cherche à transformer un soutien électoral et circonstanciel en une architecture politique stable. Pour les partis présents, l’enjeu est double : exister dans le nouvel échiquier et peser dans la définition des orientations futures.
Aujourd’hui, dans un contexte de refondation institutionnelle et d’attentes citoyennes accrues, la question se pose avec acuité : cette nouvelle coalition sera-t-elle un instrument de gouvernance efficace ou la résurgence d’un système politique que beaucoup espéraient voir évoluer ?
À ce stade, les intentions affichées se veulent rassurantes. Du côté de l’UDB, on évoque une « action politique concertée fondée sur des valeurs démocratiques et républicaines », insistant sur la nécessité d’accompagner la Vᵉ République. Mais entre l’affichage et la mise en œuvre, le chemin reste étroit. Car bâtir une coalition ne suffit pas ; encore faut-il lui donner une cohérence, une discipline et, surtout, une légitimité durable.
En filigrane, c’est toute la question de l’équilibre politique du Gabon qui se joue. Face à une opposition en quête de structuration, la majorité présidentielle en gestation pourrait rapidement s’imposer comme le centre de gravité du pouvoir. Reste à savoir si cette recomposition marquera une rupture ou s’inscrira dans la continuité d’un héritage politique dont le pays peine encore à se défaire.







