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Après les tensions d’avril, Libreville valide enfin un budget de 30,77 milliards de FCFA

Après plusieurs semaines de crispation institutionnelle marquées par le rejet du budget primitif le 9 avril, la mairie de Libreville est finalement parvenue à renouer le fil du consensus. Réunis en session extraordinaire le 30 avril sous la présidence du maire Eugène Mba, les conseillers municipaux ont adopté à l’unanimité un budget révisé de 30,77 milliards de FCFA pour l’exercice 2026, mettant provisoirement fin à une séquence politique embarrassante pour l’exécutif communal.

Ce vote unanime vient solder un épisode révélateur des tensions qui traversent la gouvernance municipale, mais aussi de la nécessité, pour les élus, de préserver le fonctionnement de la première commune du pays. « C’est donc avec satisfaction que je note cette adoption », s’est félicité Eugène Mba, saluant un processus qui, selon lui, s’est finalement déroulé dans « la bonne entente » et dans un « climat de convivialité ».

Au-delà de l’apaisement politique, l’édile voit dans cette adoption un signal de responsabilité collective. Ce budget, a-t-il affirmé, traduit « la volonté des conseillers municipaux de remplir efficacement leurs missions » en faveur d’un développement communal qu’il souhaite « financièrement viable et socialement durable ». Une manière pour le maire de rappeler que l’enjeu dépasse les querelles de procédure : il s’agit désormais de garantir la stabilité de la mandature et l’exécution de la feuille de route municipale.

Arrêté précisément à 30 777 398 739 FCFA, contre 30,72 milliards dans sa version initiale, le budget 2026 affiche une légère progression et se veut plus ambitieux que celui de l’exercice précédent. Mais derrière cette hausse se cache une équation budgétaire toujours aussi fragile. Eugène Mba reconnaît lui-même que la municipalité reste confrontée à de lourdes contraintes structurelles, à commencer par une masse salariale qui absorbe près de 70 % des ressources de la commune. À cela s’ajoutent, selon lui, la dispersion des recettes propres et une dépendance persistante aux transferts de l’État, qui limitent considérablement les marges de manœuvre de l’exécutif local.

Face à ces contraintes, la mairie entend accélérer sa stratégie de redressement autour de ce qu’elle présente comme la doctrine des « 3A ». Dans l’immédiat, l’exécutif municipal mise sur la modernisation de ses outils de gestion, avec notamment la digitalisation des services administratifs pour améliorer le recouvrement des recettes et rationaliser les procédures. Le maire a également annoncé le lancement prochain du chantier de construction de parkings, présenté comme l’un des projets structurants du mandat.

Mais l’ampleur des attentes reste considérable. « Les chantiers sont énormes entre les voiries, les problèmes d’éclairage, les questions d’insalubrité, les questions d’hygiène », a reconnu Eugène Mba, dressant le tableau d’une capitale confrontée à des carences chroniques en matière de services urbains. Dans ce contexte, l’exécutif communal a choisi de renforcer les moyens des mairies d’arrondissement, dont les dotations passent d’environ 70 millions à près de 230 millions de FCFA chacune, dans l’espoir d’améliorer la réponse de proximité aux besoins des populations.

Avec l’adoption de ce budget, la municipalité tourne officiellement la page de la crise d’avril. Mais pour l’équipe d’Eugène Mba, le plus difficile commence sans doute maintenant. Car au-delà du compromis politique retrouvé, c’est sur le terrain de l’exécution que se jouera la crédibilité de l’exécutif communal. Dans une ville où les attentes citoyennes se heurtent quotidiennement à la dégradation des infrastructures et des services publics, le budget 2026 apparaît moins comme une victoire politique que comme une promesse sous surveillance.