Washington réintègre le Gabon dans l’AGOA, un signal économique et diplomatique fort

Deux ans après sa suspension consécutive au coup d’État d’août 2023, le Gabon retrouve son éligibilité à l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), le programme commercial américain destiné aux pays africains. Dans un document officiel publié par la Maison-Blanche, Washington estime que Libreville remplit de nouveau les critères politiques et économiques exigés par la loi américaine. Une décision aux implications à la fois commerciales, diplomatiques et symboliques pour les autorités gabonaises.

Le document émane directement de la présidence américaine. Dans cette notification officielle, la Maison-Blanche indique avoir « déterminé que le Gabon satisfait aux conditions d’éligibilité prévues à la section 104 de l’AGOA ainsi qu’aux critères d’éligibilité définis à la section 502 de la loi sur le commerce ». En conséquence, le pays est à nouveau désigné comme « bénéficiaire d’Afrique subsaharienne ».

Cette formulation juridique marque en réalité un tournant politique. Car derrière les termes techniques du Trade Act américain se joue le retour progressif du Gabon dans les dispositifs de coopération économique privilégiée avec les États-Unis.

 

Le Gabon avait été exclu de l’AGOA à la suite du renversement du président Ali Bongo Ondimba par les militaires du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) en août 2023. À l’époque, Washington avait justifié cette suspension par la rupture de l’ordre constitutionnel, condition essentielle du programme américain.

 

Créé en 2000, l’AGOA permet à plusieurs pays africains d’exporter certains produits vers le marché américain avec des avantages douaniers significatifs, voire sans droits de douane. L’objectif affiché par les États-Unis est de soutenir le développement économique du continent tout en encourageant la bonne gouvernance, l’État de droit et l’ouverture économique.

 

La décision américaine intervient dans un contexte où les autorités de transition gabonaises cherchent à rassurer leurs partenaires internationaux. Depuis plusieurs mois, Libreville multiplie les signaux d’ouverture diplomatique et les engagements institutionnels, notamment autour du processus de transition politique et de la réorganisation des institutions.

 

Pour les autorités gabonaises, cette réintégration constitue un succès diplomatique évident. Elle traduit, au minimum, une volonté américaine de normaliser progressivement ses relations avec Libreville. « C’est un message politique fort envoyé aux investisseurs et aux partenaires internationaux », analyse un économiste basé à Libreville. « Les États-Unis considèrent que le Gabon offre désormais des garanties suffisantes pour revenir dans ce cadre préférentiel. »

 

Sur le plan économique toutefois, les effets immédiats pourraient rester limités. Le Gabon exporte encore relativement peu de produits manufacturés vers les États-Unis en dehors des matières premières. Le pays devra donc renforcer ses capacités industrielles et de transformation s’il souhaite tirer pleinement profit de ce retour dans l’AGOA.

 

Certains observateurs estiment néanmoins que cette décision pourrait encourager de nouveaux investissements, notamment dans les filières du bois transformé, de l’agro-industrie ou encore des minerais stratégiques. Dans un contexte international marqué par la recomposition des chaînes d’approvisionnement et la concurrence d’influence entre grandes puissances en Afrique, Washington semble également vouloir maintenir un ancrage économique dans la région.

 

Reste désormais à savoir si cette réintégration ouvrira la voie à un rapprochement diplomatique plus large entre les États-Unis et les autorités gabonaises. Car au-delà du commerce, l’AGOA demeure aussi un instrument politique, utilisé par Washington pour évaluer l’évolution institutionnelle et démocratique de ses partenaires africains.

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