À Makokou, les discussions sur l’avenir économique de l’Ogooué-Ivindo mettent en lumière un paradoxe qui traverse la province depuis des années : un territoire exceptionnellement doté en ressources, mais qui peine encore à convertir cette abondance en emplois, en entreprises et en revenus durables pour ses populations. Avec le projet Belinga et les perspectives de développement des secteurs forestier, agricole et touristique, l’enjeu est désormais de construire une véritable chaîne de valeur locale.
L’Ogooué-Ivindo n’a jamais manqué de ressources. Forêts, minerais, terres agricoles, biodiversité : la province concentre une partie des principaux atouts naturels du Gabon. Pourtant, cette richesse ne s’est pas toujours traduite par une dynamique économique proportionnelle à son potentiel.
C’est précisément ce décalage que les échanges organisés à Makokou viennent remettre au centre du débat. Derrière les annonces et les ambitions affichées, une question demeure : comment faire en sorte que les ressources de l’Ogooué-Ivindo produisent davantage de valeur directement sur le territoire ?
Car posséder une ressource ne suffit pas. Entre son extraction et l’amélioration concrète des conditions de vie des populations, toute une mécanique économique doit fonctionner. Routes, énergie, télécommunications, financement, formation, industrialisation, sous-traitance et accès aux marchés constituent autant de maillons indispensables.
De la province de ressources à un territoire de production
Pendant longtemps, le développement économique de l’Ogooué-Ivindo a été largement pensé à travers ses ressources naturelles. Le bois et le potentiel minier occupent naturellement une place centrale dans cette équation.
Mais le modèle économique de demain pourrait difficilement reposer sur la seule extraction.
L’ambition consiste désormais à faire émerger des activités capables de prolonger la chaîne de valeur sur place. Dans le secteur forestier, cela signifie notamment développer davantage la transformation et les activités connexes. Dans l’agriculture, l’objectif serait de passer d’une production essentiellement dispersée à des filières mieux structurées, capables d’approvisionner les marchés locaux et nationaux.
L’écotourisme constitue une autre piste. Avec ses paysages, sa biodiversité et son patrimoine naturel, la province dispose d’un potentiel susceptible de générer des revenus sans épuiser la ressource. Encore faut-il disposer des infrastructures, des compétences et des investissements nécessaires pour transformer cet avantage naturel en véritable activité économique.
Belinga, accélérateur ou simple projet extractif ?
Le projet Belinga concentre à lui seul une grande partie des attentes placées dans l’avenir économique de la province.
Le développement d’un projet minier de cette ampleur peut entraîner des besoins considérables en infrastructures, en logistique, en services et en main-d’œuvre. Il peut également favoriser l’émergence d’un tissu de PME locales capables de fournir biens et services aux entreprises intervenant sur la chaîne minière.
Mais l’effet d’entraînement ne sera pas automatique.
Pour que Belinga devienne un véritable moteur territorial, la question de la captation locale de la valeur sera déterminante. Les entreprises de l’Ogooué-Ivindo pourront-elles accéder aux marchés de sous-traitance ? Les jeunes de la province pourront-ils bénéficier des formations correspondant aux emplois créés ? Les infrastructures construites dans le cadre du projet serviront-elles également à désenclaver les autres activités économiques ?
Autrement dit, le véritable indicateur ne sera pas uniquement le volume de minerai extrait. Il sera aussi mesuré à l’aune du nombre d’entreprises créées, des emplois générés, des compétences développées et des activités économiques qui survivront autour du projet.
Le verrou des infrastructures
Cette transformation économique bute toutefois sur un obstacle structurel : la connectivité.
Un territoire ne peut devenir un hub économique sans être suffisamment relié aux marchés. Le coût du transport, la disponibilité de l’énergie et la qualité des infrastructures conditionnent directement la compétitivité des entreprises.
Pour l’Ogooué-Ivindo, la construction d’une économie diversifiée passe donc nécessairement par l’amélioration des infrastructures de transport et de communication. L’enjeu dépasse le seul déplacement des personnes : il s’agit de permettre aux producteurs, entrepreneurs et investisseurs d’accéder aux marchés dans des conditions économiquement viables.
Cette question est d’autant plus stratégique que la province ambitionne de jouer un rôle dans les échanges avec le reste du Gabon et, plus largement, avec l’Afrique centrale.
Créer une économie autour des ressources
Le défi est finalement moins celui de la richesse que celui de l’organisation.
Une forêt peut produire du bois, mais également des emplois dans la transformation, la logistique, la construction ou encore les services. Une mine peut générer des recettes, mais aussi faire émerger des entreprises de maintenance, de transport, de restauration, de formation ou d’ingénierie.
C’est cette logique d’écosystème économique que l’Ogooué-Ivindo doit désormais réussir à installer. « Le véritable enjeu n’est plus seulement d’exploiter les ressources, mais de construire autour d’elles une économie capable de rester sur le territoire », résume, dans l’esprit des échanges engagés à Makokou, l’ambition portée pour la province.
Cette approche implique également de renforcer les compétences locales. Sans main-d’œuvre qualifiée, sans entrepreneurs capables de répondre aux besoins des grands projets et sans mécanismes de financement adaptés, une partie importante de la valeur créée continuera de se former en dehors du territoire.
Une nouvelle étape pour l’Ogooué-Ivindo
L’Ogooué-Ivindo se trouve ainsi face à un changement d’échelle. La question n’est plus de démontrer qu’elle possède des ressources : le constat est établi. Elle doit désormais démontrer qu’elle est capable de les transformer en une économie diversifiée, productive et inclusive.
Le projet Belinga peut constituer un puissant catalyseur. Mais son impact dépendra de la capacité des pouvoirs publics, des investisseurs et des acteurs locaux à construire des passerelles entre extraction, transformation, sous-traitance, formation et développement des PME.
C’est là que se jouera la véritable bataille économique de la province.
Faire de l’Ogooué-Ivindo un territoire productif ne consistera donc pas simplement à extraire davantage de richesses. Il faudra surtout parvenir à en retenir davantage sur place. À Makokou, l’enjeu est désormais clairement posé : passer d’une province riche en ressources à une province riche de son économie.









