Libreville, 18 août 2026. Le conflit social qui oppose les agents du ministère du Pétrole et du Gaz à leur tutelle prend une dimension nouvelle. Alors que des négociations sont engagées depuis le mardi 4 août entre l’administration et les partenaires sociaux pour tenter de trouver une issue aux revendications des travailleurs, une procédure visant deux responsables syndicaux vient raviver les tensions au sein du département ministériel.
Selon les éléments communiqués par le SYNAHYDRO, le ministre du Pétrole et du Gaz a saisi la Direction générale de la recherche (DGR) d’une plainte visant le président et le secrétaire général du syndicat. Au cœur de cette démarche figure la restitution de véhicules de service mis à la disposition des deux responsables syndicaux avant l’arrivée de l’actuel ministre à la tête du département.
Pour le SYNAHYDRO, cette initiative intervient dans un contexte particulièrement sensible. Le syndicat y voit une mesure susceptible de s’apparenter à un règlement de compte à l’encontre de responsables régulièrement élus, alors même que les discussions engagées depuis le début du mois d’août doivent, en principe, permettre de traiter les préoccupations contenues dans le cahier de charges des agents.
Face à cette situation, l’organisation syndicale entend saisir le Médiateur de la République afin de solliciter son intervention. Le syndicat souhaite ainsi déplacer le débat du seul terrain disciplinaire ou administratif vers celui de la médiation institutionnelle, estimant que la gestion du patrimoine roulant du ministère mérite elle aussi un examen approfondi.
La gestion des véhicules au cœur de la contestation
Au-delà de la plainte visant ses dirigeants, le SYNAHYDRO met en cause les conditions dans lesquelles certains véhicules appartenant au ministère du Pétrole seraient attribués, réformés ou transférés. L’organisation syndicale affirme qu’un « trafic » de véhicules existerait au sein du département et que certaines opérations ne profiteraient pas nécessairement aux ayants droit qu’elle considère comme légitimes.
Le syndicat cite notamment le cas d’un véhicule de marque VX, immatriculé 168 U 103. Selon ses affirmations, ce véhicule aurait été réformé au bénéfice de l’actuel directeur de cabinet du ministre, Kévin Ndjimba, alors que celui-ci serait fonctionnaire du ministère de l’Enseignement supérieur.
Pour le SYNAHYDRO, cette situation soulève une question de fond : celle de la légalité et de la traçabilité des opérations portant sur les biens roulants d’un département ministériel. L’organisation demande ainsi le retour du véhicule concerné dans le parc automobile du ministère du Pétrole. Elle affirme par ailleurs que le directeur de cabinet aurait bénéficié d’un second véhicule de service attribué par le ministre de tutelle.
Ces accusations, qui relèvent à ce stade de la position du syndicat, appellent toutefois des vérifications et, le cas échéant, des explications de la part des responsables mis en cause.
Le syndicat veut élargir le dossier à la lutte contre l’enrichissement illicite
Le SYNAHYDRO ne compte pas limiter ses démarches au Médiateur de la République. L’organisation annonce également son intention de saisir la Commission de lutte contre l’enrichissement illicite afin qu’un regard particulier soit porté sur la gestion du patrimoine roulant du ministère du Pétrole.
L’objectif affiché est de demander davantage de transparence sur les procédures d’attribution, de réforme et de transfert des véhicules administratifs. Le syndicat pointe notamment les véhicules provenant de sociétés pétrolières et remis au ministère, dont la gestion ne ferait pas toujours, selon lui, l’objet d’un contrôle suffisamment transparent de la Direction générale du Patrimoine.
Cette question dépasse ainsi le seul conflit opposant actuellement l’administration aux responsables syndicaux. Elle touche à la gouvernance des biens publics, à leur traçabilité et aux mécanismes de contrôle devant encadrer leur utilisation et leur réforme.
Les négociations sociales fragilisées
Le timing de cette confrontation interroge également sur l’avenir des négociations ouvertes le 4 août entre les autorités de l’administration du pétrole et les partenaires sociaux. Alors que les agents attendent des réponses concrètes à leurs revendications, le syndicat estime que les procédures engagées contre ses principaux dirigeants risquent de détourner l’attention des discussions portant sur les conditions de travail et les engagements attendus de l’administration.
Pour le SYNAHYDRO, le contraste est d’autant plus marqué que ses responsables ont été élus pour porter les revendications des travailleurs. L’organisation considère donc que toute action visant ses dirigeants dans cette période de négociation peut être perçue comme une pression sur le mouvement syndical.
Reste désormais à savoir si la médiation sollicitée permettra de désamorcer la crise et de préserver le cadre des négociations sociales. Une autre question est désormais posée : celle de la transparence dans la gestion du parc automobile du ministère du Pétrole.
Entre revendications sociales, plainte contre des responsables syndicaux et accusations relatives à la gestion du patrimoine roulant, le ministère se retrouve ainsi face à une crise dont l’issue dépendra autant de la capacité des parties à renouer le dialogue que de la clarification des faits avancés par le syndicat. Pour les agents, l’enjeu demeure pourtant le même : obtenir une réponse aux engagements inscrits dans leur cahier de charges et voir les négociations engagées aboutir à une résolution durable du conflit.
