Le ministère du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, Gninga Chaning Zenaba veut passer des annonces aux dispositifs concrets. Présenté à Libreville lors d’une conférence de presse, un programme prévoit de former, équiper et accompagner 400 jeunes dans cinq secteurs d’activité, avec un accès facilité au financement. En parallèle, le Gabon entend encourager ses jeunes innovateurs à se positionner sur le marché continental à travers le Défi d’Innovation Numérique de la ZLECAf, dont les candidatures sont ouvertes jusqu’au 4 septembre 2026.
À Libreville, le gouvernement veut donner une traduction économique à sa politique d’insertion des jeunes. Le ministère du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes a présenté, le 19 août 2026, deux dispositifs destinés à rapprocher formation, financement et création d’activités.
Le premier repose sur l’accompagnement de 400 jeunes Gabonais dans cinq domaines : la petite restauration, notamment la braise, la pâtisserie, la décoration événementielle, l’informatique et les services liés à l’intelligence artificielle, ainsi que la vente de lubrifiants automobiles.
L’ambition affichée par la ministre, Gninga Chaning Zenaba, est de privilégier des activités rapidement accessibles plutôt que des parcours longs avant l’entrée dans la vie économique. « Nous n’allons pas accompagner dans des industries, nous allons pouvoir promouvoir des jeunes dans les activités sur le revenu afin qu’ils aient quelque chose de palpable entre les mains et qu’ils puissent s’autonomiser », a-t-elle expliqué.
De la formation au premier outil de travail
Le programme se veut court et opérationnel. Les bénéficiaires devraient suivre une formation de deux à trois semaines maximum, avant de recevoir des kits de démarrage destinés à faciliter leur installation.
Le ministère entend ainsi réduire l’écart entre la formation et le passage à l’activité. Dans la petite restauration et la pâtisserie, par exemple, l’objectif est de permettre aux jeunes de disposer rapidement des compétences et du matériel nécessaires pour commencer à générer leurs premiers revenus.
La décoration événementielle fait également partie des secteurs retenus. Un choix qui répond, selon la ministre, à l’évolution des pratiques sociales et à la demande croissante autour des événements privés et professionnels.
Le numérique occupe une place particulière dans ce dispositif. Le ministère veut notamment intégrer l’informatique et l’intelligence artificielle, dans un contexte où les réseaux sociaux et les outils numériques deviennent aussi des espaces de production de revenus.
« Nous avons besoin du numérique. Je pense que ce n’est pas un débat », a insisté Gninga Chaning Zenaba, appelant les jeunes à considérer les plateformes numériques non seulement comme des espaces d’expression, mais aussi comme des outils économiques.
Le financement comme maillon décisif
La formation ne constitue toutefois que la première étape du dispositif. Le ministère mise également sur un mécanisme de financement associant l’EDG Bank et la Société Gabonaise de Garantie, afin de faciliter l’accès au crédit pour les bénéficiaires.
L’enjeu est précisément d’éviter que les jeunes formés restent sans moyens au terme de leur parcours. Le dispositif doit donc articuler formation, préparation au financement, accès au crédit et accompagnement après le financement.
Dans le secteur des lubrifiants automobiles, le ministère prévoit par ailleurs l’installation de points de vente sous forme de « box ». Ces équipements doivent permettre à certains bénéficiaires de démarrer leur activité dans des conditions immédiatement opérationnelles.
Selon la ministre, plusieurs de ces installations sont déjà prévues à Libreville, avec l’ambition d’étendre progressivement le modèle aux autres provinces.
Le programme présenté autour des 400 premiers bénéficiaires s’inscrit dans une ambition plus vaste. Le ministère vise, à terme, jusqu’à 16 000 jeunes accompagnés au cours de l’année 2026.
La logique annoncée est celle d’un déploiement progressif sur le territoire. Après Libreville, le dispositif doit notamment être étendu à des villes comme Lambaréné et Franceville, ainsi qu’à d’autres localités de l’intérieur du pays.
« 400 jeunes accompagnés, c’est 400 familles gabonaises qui sortent de la pauvreté », a déclaré la ministre, donnant au programme une portée sociale qui dépasse la seule question de l’emploi.
Cette ambition devra toutefois être confrontée à plusieurs défis : capacité réelle d’absorption du marché, viabilité des activités créées, accès effectif au crédit, accompagnement des bénéficiaires et suivi des entreprises après leur lancement.
Car l’enjeu ne sera pas seulement de former 400 personnes, mais de faire en sorte que les activités survivent au-delà des premières semaines.
La seconde initiative présentée lors de la conférence de presse ouvre un autre volet : celui de l’accès au marché africain.
Le ministère a également annoncé la participation du Gabon au Défi d’Innovation Numérique de la ZLECAf, deuxième édition 2026. Le programme s’adresse aux jeunes Africains âgés de 18 à 35 ans qui développent des solutions numériques susceptibles de faciliter le commerce intra-africain.
Les candidats ont jusqu’au 4 septembre 2026 pour déposer leur candidature.
Les projets recherchés couvrent notamment l’intelligence de marché, le commerce électronique et la logistique, les services transfrontaliers, la facilitation des échanges, les compétences entrepreneuriales et les services financiers numériques.
Le parcours prévoit une sélection progressive avec 50 innovateurs présélectionnés, 10 lauréats et cinq grands gagnants.
Pour les jeunes entrepreneurs gabonais, l’intérêt dépasse la seule compétition. Les projets retenus pourront bénéficier d’une visibilité à l’échelle africaine, de mentorat, de mise en réseau ainsi que d’opportunités de financement et de partenariats.
Les deux initiatives répondent ainsi à deux niveaux d’une même problématique.
Le premier programme cherche à faciliter l’entrée des jeunes dans l’activité économique à travers des métiers accessibles, une formation courte et un accompagnement financier. Le second vise des profils davantage tournés vers l’innovation et capables de développer des solutions répondant aux besoins d’un marché africain intégré.
Cette articulation intervient alors que la Zone de libre-échange continentale africaine entend progressivement réduire les obstacles au commerce entre les économies du continent. Pour les jeunes entrepreneurs, l’enjeu est donc de ne plus penser uniquement le marché à l’échelle nationale.
Reste à transformer cette ambition en résultats mesurables. La réussite du dispositif dépendra autant du nombre de jeunes formés que de leur capacité à maintenir leur activité, à accéder durablement au financement et, pour les projets numériques, à trouver des débouchés au-delà du marché gabonais.
Le gouvernement entend désormais privilégier les dispositifs dont l’impact peut être directement observé sur le terrain. Les prochaines étapes seront donc déterminantes : lancement effectif des formations, distribution des kits, accès aux crédits et extension du programme dans les provinces.
À Libreville, le pari est posé : faire de l’accompagnement des jeunes non plus seulement une politique de formation, mais un véritable levier de création de revenus, d’emplois et, pour les plus innovants, d’ouverture sur le marché africain.








