Gabon : face aux tensions sur le gasoil, l’État active son dispositif pour sécuriser l’approvisionnement

Cars queue at a gas station of Libreville to fill their tank on April 14, 2010 after Gabon's main oil workers union threatened to start a strike. The union gave 24 hours to the people on April 13, to stock up on petroleum products prior to the launch of a strike that it said "could be long" and will have "disagreeable consequences." AFP PHOTO/ WILS YANNICK MANIENGUI

Des tensions dans l’approvisionnement en gasoil sont observées depuis le 30 septembre dans plusieurs stations du Grand Libreville. Face à cette situation, le gouvernement a mobilisé les stocks disponibles, organisé un rationnement temporaire des volumes distribués et programmé l’arrivée d’un navire d’importation. Le ministère du Pétrole et du Gaz annonce un retour à la normale à compter du dimanche 4 octobre, tandis que des investissements sont engagés pour renforcer durablement les capacités nationales de raffinage et de stockage.

La situation aura nécessité une réponse rapide. Depuis le 30 septembre, plusieurs stations-service du Grand Libreville connaissent des tensions dans leur approvisionnement en gasoil. Dans un communiqué publié le 2 octobre, le ministère du Pétrole et du Gaz explique cette situation par « une diminution des stocks disponibles au niveau des marketeurs ».

Face à cette tension, les autorités ont immédiatement activé plusieurs leviers afin d’éviter une rupture prolongée de l’approvisionnement.

Les réserves disponibles auprès de la Société gabonaise d’entreposage des produits pétroliers (SGEPP) ont ainsi été mises à la disposition des distributeurs. Un rationnement temporaire des volumes distribués a également été instauré afin de préserver les stocks dans l’attente d’un nouvel arrivage.

« des mesures de gestion et de rationnement temporaire des volumes distribués ont été mises en place afin de préserver les stocks disponibles jusqu’à l’arrivée d’un navire d’importation prévue dans la soirée du samedi 3 octobre », précise le ministère du Pétrole et du Gaz.

La priorité affichée par les autorités est claire : maintenir l’approvisionnement du marché et limiter les effets de la tension sur les usagers.

Un navire d’importation est attendu dans la soirée du samedi 3 octobre. Son arrivée doit permettre de reconstituer les volumes disponibles auprès des distributeurs et de fluidifier progressivement la distribution dans les stations-service.

Le ministère annonce ainsi « un retour à la normale de la distribution à compter du dimanche 4 octobre ».

Cette intervention intervient alors que les prix à la pompe restent inchangés depuis janvier 2024. Le litre d’essence est vendu à 595 francs CFA et celui de gasoil à 575 francs CFA. Les prix avaient alors été réduits de 10 francs CFA par litre.

Au-delà de la gestion de l’urgence, le gouvernement met en avant un effort financier important pour maintenir la stabilité des prix des carburants.

L’enveloppe consacrée aux subventions aux carburants a été portée à 55,3 milliards de francs CFA en 2026, contre 12 milliards dans la loi de finances initiale.

Cette politique s’inscrit dans une décision prise en novembre 2025. Alors que la suppression de la subvention était envisagée au 1er janvier 2026, le gouvernement a finalement choisi de la maintenir.

« Il était question qu’au 1er janvier 2026, la subvention soit retirée. Mais les conséquences économiques et sociales auraient été lourdes pour toutes les couches de la population », déclarait le ministre du Pétrole et du Gaz, Sosthène Nguema Nguema, le 5 novembre 2025.

Le choix opéré par les autorités est donc celui d’une protection maintenue du consommateur, malgré l’augmentation du coût des produits pétroliers sur les marchés internationaux.

La réponse gouvernementale ne se limite toutefois pas à la gestion de l’épisode actuel.

Le problème de fond tient notamment aux capacités nationales de raffinage. La Sogara, seule raffinerie du pays, est en activité depuis 1967 et ne couvre pas l’ensemble des besoins nationaux. Une partie des carburants doit donc être importée.

Pour réduire cette vulnérabilité, plusieurs chantiers sont désormais engagés.

Un accord a été signé le 14 octobre 2025 avec China Road and Bridge Corporation pour la réalisation d’une nouvelle raffinerie à Port-Gentil. En avril 2026, des contrats d’études ont également été confiés à Technip Energies, notamment pour renforcer les infrastructures de stockage avec quatre bacs supplémentaires.

À cela s’ajoute l’audit de la Sogara lancé en août 2026.

L’objectif est de renforcer l’ensemble de la chaîne, du raffinage au stockage, afin de rendre l’approvisionnement national moins vulnérable aux tensions ponctuelles.

La politique gouvernementale s’inscrit également dans une réflexion plus large sur la manière de mieux orienter les soutiens publics.

Selon la Banque mondiale, les subventions aux carburants sont insuffisamment ciblées : 96 % de leur montant bénéficierait à la moitié la plus aisée de la population.

Le gouvernement a engagé, parallèlement, la mise en place d’outils destinés à mieux identifier les ménages vulnérables. Le Registre social unique du Gabon a été lancé en juillet 2026, tandis qu’un nouveau recensement des Gabonais économiquement faibles a été engagé en septembre.

L’enjeu est donc double : continuer à protéger le pouvoir d’achat à court terme tout en améliorant progressivement le ciblage des mécanismes de soutien.

La tension observée dans le Grand Libreville met ainsi à l’épreuve la capacité du dispositif national d’approvisionnement. Mais la réponse apportée par les autorités repose sur plusieurs niveaux : mobilisation des stocks disponibles, rationnement temporaire pour éviter leur épuisement, arrivée programmée d’un navire d’importation et annonce d’un retour à la normale à partir du 4 octobre.

À plus long terme, le gouvernement mise sur le renforcement des infrastructures avec une nouvelle raffinerie, la modernisation de la Sogara et l’augmentation des capacités de stockage.

Pour l’heure, aucune hausse des prix à la pompe n’est annoncée. Le communiqué du ministère porte sur la sécurisation de l’approvisionnement et prévoit une normalisation de la distribution à compter du dimanche 4 octobre.

De la gestion de l’urgence à la transformation des capacités nationales, l’épisode actuel illustre surtout la volonté affichée par l’État de traiter simultanément la tension immédiate et les fragilités structurelles de la chaîne d’approvisionnement pétrolier.

Quitter la version mobile