Centrale d’achat : Oligui Nguema dénonce des dérives et appelle à une refonte du dispositif

Face à la persistance de la hausse des prix des produits de première nécessité, le président de la République a publiquement demandé une révision du dispositif de la centrale d’achat. Devant le Parlement réuni en Congrès ce 15 juin, Brice Clotaire Oligui Nguema a dénoncé des dysfonctionnements dans la chaîne de distribution et révélé les conclusions d’une enquête menée par les services de l’État. En toile de fond, la difficile bataille contre la vie chère, l’un des principaux engagements du pouvoir depuis la Transition.

« Monsieur le ministre, il faut corriger et il faut revoir. » La remarque, adressée directement au ministre en charge des Finances, a marqué l’un des temps forts du discours sur l’état de la Nation prononcé ce lundi 15 juin devant les députés et sénateurs réunis en Congrès.

En s’attaquant publiquement au fonctionnement de la centrale d’achat, le chef de l’État a reconnu les limites d’un dispositif pourtant présenté comme l’un des instruments majeurs de la lutte contre la vie chère. Lancée avec l’ambition de rendre accessibles les produits de première nécessité et de soulager le budget des ménages, la centrale devait permettre de réduire les intermédiaires et d’assurer un approvisionnement régulier du marché à des prix maîtrisés.

Plusieurs mois après son lancement, le constat dressé par les autorités est cependant loin des objectifs affichés. Sur les marchés et dans les commerces de proximité, les prix continuent de progresser. Certains produits connaissent même des augmentations significatives. La boîte de sardines, souvent citée comme produit de référence dans le panier de la ménagère, est passée d’environ 350 FCFA à près de 600 FCFA dans plusieurs points de vente du pays, selon les observations relayées par les consommateurs.

Ancien officier supérieur et ancien responsable des services de renseignement, Brice Clotaire Oligui Nguema a indiqué avoir fait mener des investigations afin d’identifier les causes de ces hausses persistantes malgré l’existence de la centrale d’achat.

Selon les conclusions présentées par le chef de l’État, le mécanisme aurait été détourné de son objectif initial. Des commerçants et épiciers se fourniraient massivement auprès de la centrale aux tarifs subventionnés avant de revendre les marchandises sur le marché à des prix nettement plus élevés. Plus préoccupant encore, certaines pratiques de stockage et de rétention de produits contribueraient à créer artificiellement des situations de pénurie, favorisant ainsi la flambée des prix.

On achète en gros à bas prix pour créer la rareté et revendre plus cher, a résumé le président devant les parlementaires, dénonçant un système qui prive les consommateurs des bénéfices attendus de la politique publique mise en place.

L’intervention présidentielle traduit également la sensibilité politique du dossier. Depuis la Transition puis l’installation des nouvelles institutions de la Ve République, la lutte contre la vie chère figure parmi les attentes les plus fortes des populations.

Dans un contexte où le coût de l’alimentation continue de peser lourdement sur les revenus des ménages, l’efficacité des mécanismes de régulation des prix est devenue un indicateur scruté de l’action gouvernementale. Les difficultés rencontrées par la centrale d’achat illustrent les obstacles auxquels se heurtent les pouvoirs publics lorsqu’il s’agit de contrôler les circuits de distribution et les comportements spéculatifs.

Au-delà du simple approvisionnement, la question renvoie à celle du contrôle économique, de la transparence des circuits commerciaux et de la capacité de l’État à faire respecter les règles du marché.

En demandant publiquement une correction du système, le chef de l’État ouvre la voie à une révision de la stratégie gouvernementale. Un renforcement des contrôles, une meilleure traçabilité des achats, des quotas de distribution ou encore des sanctions contre les pratiques spéculatives pourraient figurer parmi les pistes envisagées par les autorités.

Pour l’exécutif, l’enjeu est désormais double : restaurer l’efficacité de la centrale d’achat tout en démontrant que les politiques publiques destinées à protéger le pouvoir d’achat produisent des résultats tangibles.

Car au-delà des chiffres et des mécanismes administratifs, c’est la crédibilité même de la lutte contre la vie chère qui se joue. Et avec elle, une partie de la confiance que les Gabonais accordent aux promesses de transformation portées par les nouvelles autorités.

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