Cap-Caravane : entre abus de pouvoir et maladroites explications du ministre du Tourisme

L’inauguration récente d’une barge flottante sur le site de Cap-Caravane, financée par des fonds publics, soulève des interrogations sur des pratiques douteuses. Le fait que le ministre lui-même, Pascal Ogowe Sifon, soit le propriétaire de Cap-Caravane avant son entrée au gouvernement accentue les soupçons de conflit d’intérêts, d’autant que le marché aurait été attribué de gré à gré, en totale infraction avec les règles du Code des marchés publics.

Contrairement aux dispositions du Code des marchés publics, qui imposent un appel d’offres pour tous les projets financés par l’État, ce marché a été attribué directement à Cap-Caravane. Cette procédure, loin d’être transparente, laisse penser à un favoritisme manifeste. Pourquoi une telle dérogation ? Ce choix soulève des doutes légitimes sur l’intégrité et l’équité dans la gestion des ressources publiques.

Dans une interview publiée le 17 janvier sur la page Facebook du ministère, Pascal Ogowe Sifon a tenté de justifier cette situation. Selon lui, « Cap-Caravane devient prestataire d’un service pour apporter son savoir-faire », tout en insistant sur le fait que le financement provenait de l’État. Cette explication, loin de rassurer, accentue les incompréhensions. Comment une entreprise liée personnellement au ministre peut-elle obtenir un marché public sans passer par les étapes réglementaires ?

L’affaire rappelle tristement un précédent : un ancien ministre des Mines avait été démis de ses fonctions après avoir mobilisé les moyens de l’État pour promouvoir un projet privé. Pourtant, dans le cas de Cap-Caravane, le ministre du Tourisme demeure en poste, malgré des similitudes évidentes et un récent remaniement gouvernemental. Cela pose la question d’une éventuelle indulgence envers Pascal Ogowe Sifon, là où d’autres auraient fait face à des sanctions.

L’utilisation des ressources de l’État, notamment les outils de communication du ministère, pour promouvoir des activités liées à une entreprise privée, constitue un abus manifeste. Mais ce qui rend cette affaire encore plus préoccupante, c’est l’absence totale de transparence sur le financement et les conditions d’attribution du marché.

Plusieurs points essentiels restent sans réponse. Pourquoi ce marché a-t-il été attribué sans appel d’offres ? Qui a validé cette procédure ? Quels sont les critères qui ont conduit à ce choix ? Enfin, quelles garanties existent pour que ce projet serve réellement le développement du tourisme au Gabon et non les intérêts personnels du ministre ?

Si le tourisme est un secteur stratégique pour diversifier l’économie gabonaise, sa gestion ne peut se faire au détriment des règles de bonne gouvernance. Des pratiques comme celles observées avec Cap-Caravane risquent non seulement d’entacher l’image du ministère, mais aussi de miner la confiance des citoyens dans la gestion des ressources publiques.

Pour restaurer la confiance, il est impératif de faire toute la lumière sur cette affaire. Une enquête indépendante sur les conditions d’attribution et le financement de ce projet serait un premier pas. Si des irrégularités sont avérées, des mesures appropriées devront être prises.

L’affaire Cap-Caravane est un rappel brutal des défis auxquels fait face la gouvernance au Gabon. Le développement du tourisme ne pourra se faire que dans un cadre transparent et éthique, garantissant que l’intérêt général prime sur les ambitions personnelles.

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