Dans la procédure judiciaire française sur les « biens mal acquis », Libreville assure ne poursuivre aucune personne en particulier. Par l’intermédiaire de son conseil, Me Vivien Patrice Makaga-Péa, l’État gabonais affirme s’en tenir à son rôle de partie civile et à la défense de ses intérêts patrimoniaux.
Le Gabon veut lever toute ambiguïté sur sa position dans le dossier français des « biens mal acquis ». Alors que la procédure concerne 23 personnes et entités, parmi lesquelles figurent des membres des familles présidentielles gabonaise et congolaise, Libreville assure ne pas avoir cherché à élargir la liste des personnes visées ni à obtenir le procès d’un protagoniste en particulier.
Par la voix de son conseil, Me Vivien Patrice Makaga-Péa, l’État gabonais affirme ainsi s’inscrire dans une démarche strictement judiciaire : celle d’une partie civile qui entend faire reconnaître le préjudice subi par les finances publiques. Une position qui rejoint globalement les réquisitions du Parquet national financier (PNF), tout en laissant au juge d’instruction la responsabilité de déterminer les suites pénales de la procédure.
Pas de sélection entre les protagonistes
Pour Libreville, la logique est avant tout celle de la cohérence juridique. L’État, qui se considère comme l’une des principales victimes des faits allégués, estime qu’il ne saurait réclamer réparation tout en opérant une distinction entre les personnes mises en cause selon leur statut, leurs liens familiaux ou leur position politique.
Cette approche vise notamment à écarter l’idée d’une procédure guidée par des considérations personnelles ou politiques. « Épargner » certains protagonistes en raison de leur appartenance familiale ou de considérations diplomatiques risquerait, selon cette ligne de défense, d’affaiblir la crédibilité de la demande de réparation portée par l’État gabonais.
La position n’est toutefois pas sans portée diplomatique. Le dossier met en cause des personnalités liées aux plus hauts cercles du pouvoir gabonais et congolais et intervient dans un contexte où la question de la restitution des avoirs issus de détournements présumés demeure particulièrement sensible.
Pour autant, Libreville entend maintenir une frontière claire entre la procédure pénale et son propre intérêt patrimonial. La détermination des responsabilités individuelles relève de l’autorité judiciaire française. L’État gabonais, lui, entend avant tout faire valoir les droits qu’il estime avoir acquis en qualité de partie civile depuis son admission dans la procédure, en mars 2023.
Derrière le volet judiciaire se joue surtout une bataille financière. Pour le Gabon, l’enjeu consiste à faire reconnaître l’existence d’un préjudice subi par l’État et à préserver les mesures de gel qui frappent les biens concernés par la procédure.
À terme, Libreville entend obtenir la restitution des avoirs considérés comme issus du détournement de deniers publics, avec un objectif clairement affiché : leur retour au bénéfice du Trésor public gabonais.
Cette dimension patrimoniale constitue le cœur de la démarche de l’État. Elle permet à Libreville de présenter son intervention non comme une volonté de sanctionner personnellement tel ou tel protagoniste, mais comme l’exercice d’un droit à réparation au nom des finances publiques.
Le Gabon choisit ainsi de laisser au juge d’instruction le soin de trancher les responsabilités pénales, tout en maintenant sa propre revendication sur les conséquences financières du dossier. Dans cette affaire où se croisent justice, politique et diplomatie, Libreville cherche donc à recentrer le débat sur une question essentielle : que deviendront les avoirs dont l’État estime qu’ils ont été soustraits au patrimoine national ?
C’est sur ce terrain, davantage que sur celui de la désignation des personnes à poursuivre, que le Gabon entend désormais faire valoir ses intérêts.








