À l’heure où la transparence budgétaire et la crédibilité de l’action publique s’imposent comme des exigences démocratiques majeures, Libreville accueille depuis ce 30 mars la première réunion conjointe des commissions techniques du CREFIAF (Conseil Régional de Formation des Institutions Supérieures de Contrôle des Finances Publiques d’Afrique Francophone subsaharienne). Une rencontre stratégique qui réunit les institutions supérieures de contrôle des finances publiques d’Afrique francophone subsaharienne, avec en toile de fond un objectif clair : renforcer les mécanismes de contrôle pour mieux légitimer l’action de l’État.
C’est le ministre de la Réforme des institutions constitutionnelles, François Ndong Obiang, qui a procédé à l’ouverture officielle des travaux, donnant le ton d’une rencontre placée sous le sceau de la rigueur, de la coopération et de l’exigence. Dans un contexte marqué par des défis économiques persistants et des attentes sociales croissantes, cette réunion apparaît comme un moment charnière pour les organes de contrôle appelés à jouer un rôle de plus en plus central dans la gouvernance publique.
Premier président de la Cour des comptes du Gabon, Alex Euv Moutsiangou a d’emblée rappelé la portée des enjeux. Il explique ainsi que « plusieurs enjeux se dessinent, à commencer par la mission même de notre organisation, qui réunit les institutions supérieures de contrôle partageant l’usage du français en Afrique subsaharienne ». Puis il précise que ces institutions ont pour vocation de contrôler les finances publiques, une mission qui, selon lui, « ne peut se faire sans normes ni règles », soulignant ainsi l’importance des échanges entre pairs pour harmoniser les pratiques.
Dans son analyse, il insiste sur la nécessité d’adapter les standards internationaux aux réalités locales. Il confie à ce sujet que ces normes doivent être « internalisées », afin de mieux répondre aux spécificités des États africains. Dès lors, cette rencontre devient un espace d’ajustement et de co-construction, permettant aux institutions participantes de « travailler ensemble et progresser ensemble pour améliorer le rendement du gouvernement par la qualité des contrôles ».
Au-delà de la technique, les implications sont profondément politiques et sociales. Alex Euv Moutsiangou le souligne sans détour en affirmant que « les enjeux sont démocratiques et sociaux », dans la mesure où il s’agit in fine de « légitimer l’action publique ». Il rappelle que les institutions de contrôle ne sont pas en opposition avec les gouvernements, mais qu’elles ont vocation à les accompagner, en veillant à la bonne utilisation des ressources publiques.
Les travaux engagés à Libreville devront ainsi déboucher sur des orientations concrètes pour les deux prochaines années. Le Premier président évoque notamment les défis liés à la numérisation de l’État, à la gestion de la dette, à la maîtrise de la masse salariale ou encore à l’efficacité des investissements publics. Autant de problématiques structurantes pour des économies souvent dépendantes des ressources extractives et confrontées à une pression sociale accrue. Il résume cette ambition en expliquant qu’il s’agit, en définitive, de « répondre aux besoins des populations en améliorant la gouvernance ».
Dans une allocution solennelle, le directeur du secrétariat du CREFIAF a, quant à lui, insisté sur la portée symbolique et opérationnelle de cette rencontre. Il décrit ce rendez-vous comme « un moment de convergence, d’exigence et d’ambition », où se rencontrent « les intelligences, les expériences et les volontés au service d’une même vision ». Par ces mots, il souligne la dimension collective et stratégique des travaux engagés.
Saluant la nomination d’Alex Euv Moutsiangou à la tête de la Cour des comptes du Gabon, il évoque « un parcours exemplaire marqué par un engagement constant et une expertise reconnue », traduisant ainsi la reconnaissance de ses pairs au sein de l’organisation. Dans le même élan, il remercie les autorités gabonaises pour leur accueil, y voyant le signe d’un engagement renouvelé en faveur du renforcement des institutions de contrôle.
Insistant sur le rôle structurant des commissions techniques, il rappelle qu’elles constituent « de véritables catalyseurs de l’action », indispensables à la mise en œuvre du plan stratégique du CREFIAF. Il prévient néanmoins que l’enjeu dépasse le simple cadre technique, car « c’est bien la capacité du CREFIAF à produire un impact tangible qui est en jeu », notamment en matière de transparence, de reddition des comptes et de performance publique.
Alors que les travaux se poursuivent à Libreville, les attentes sont à la hauteur des défis. Dans un environnement où la gestion des finances publiques est scrutée avec une attention croissante, les conclusions de cette réunion pourraient bien tracer les contours d’une nouvelle dynamique pour les institutions de contrôle en Afrique francophone. Une dynamique dont dépend, en partie, la consolidation de l’État de droit et la confiance des citoyens envers leurs gouvernants.
